{"id":93,"date":"2016-03-28T17:55:21","date_gmt":"2016-03-28T17:55:21","guid":{"rendered":"http:\/\/speler.at\/?p=93"},"modified":"2024-04-26T18:54:03","modified_gmt":"2024-04-26T17:54:03","slug":"fort-du-mont-chaberton","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/speler.at\/?p=93","title":{"rendered":"Fort du Mont Chaberton"},"content":{"rendered":"<p>Projet d&rsquo;exp\u00e9dition de l&rsquo;\u00e9t\u00e9 prochain.<\/p>\n<p>LE FORT DU MONT CHABERTON 3138 m (voir la vid\u00e9o propos\u00e9e \u00e0 la fin de l&rsquo;explication)<br \/>\nJusqu&rsquo;en 1947, le mont Chaberton faisait partie int\u00e9grante de l&rsquo;Italie (commune de Cesana Torinese).<\/p>\n<p>Les anciennes batteries militaires:<br \/>\nEn 1898 l&rsquo;Italie qui venait d&rsquo;adh\u00e9rer \u00e0 la Triplice entreprit de construire au sommet du mont Chaberton une batterie de huit tours de ma\u00e7onnerie surmont\u00e9es de canons tourn\u00e9e vers la France et Brian\u00e7on, d\u00e9fendant ainsi le passage du col de Montgen\u00e8vre.<\/p>\n<p>Pour cela, les soldats et ing\u00e9nieurs dirig\u00e9s par le major du G\u00e9nie Luigi Pollari Maglietta ont r\u00e9alis\u00e9 une route depuis le village de F\u00e9nils (val de Suse) et ont abaiss\u00e9 d&rsquo;environ 6 m\u00e8tres le sommet du Chaberton pour y installer les huit tours de 12 m\u00e8tres de haut, correspondant \u00e0 la plus haute chute de neige enregistr\u00e9e. En 1906 chacune des tours fut arm\u00e9e d&rsquo;un canon de 149\/35 (en r\u00e9alit\u00e9 des 149\/36 &#8211; le tube d&rsquo;acier \u00e9tant port\u00e9 \u00e0 la longueur de 36 calibres, ce qui allongeait la port\u00e9e du tir &#8211; mais on conserva la d\u00e9nomination 35 pour pr\u00e9server le secret militaire). Chaque pi\u00e8ce, servie par 7 hommes, \u00e9tait prot\u00e9g\u00e9e par une coupole blind\u00e9e relativement l\u00e9g\u00e8re (50 mm devant, 25 mm sur le toit et 15 sur les flancs et derri\u00e8re), plus l\u00e9g\u00e8re que les normes en vigueur alors pour les forteresses : on consid\u00e9rait en effet que la batterie se trouvait hors de port\u00e9e de l&rsquo;artillerie classique, et on se contenta de coupoles de conception anglaise Armstrong Montagna offrant une bonne protection contre la neige, les \u00e9clats et les schrapnels. L&rsquo;ensemble des travaux fut termin\u00e9 en 1910. Le fort, parfois surnomm\u00e9 \u00ab cuirass\u00e9 des nuages \u00bb, faisait l&rsquo;orgueil des militaires italiens et \u00e9tait alors r\u00e9put\u00e9 comme le plus haut et l&rsquo;un des plus puissants du monde. Sa position \u00e9tait inexpugnable, le mettant hors de port\u00e9e de la plupart des pi\u00e8ces d&rsquo;artillerie de l&rsquo;\u00e9poque, et permettant th\u00e9oriquement \u00e0 ses huit pi\u00e8ces de 149 mm d&rsquo;atteindre la gare de Brian\u00e7on distante de pr\u00e8s de 18 km. Cependant, pour des raisons m\u00e9caniques li\u00e9es \u00e0 l&rsquo;installation des tubes sous des coupoles Armstrong, la port\u00e9e utile fut limit\u00e9e \u00e0 16 km.<\/p>\n<p>Pendant la Premi\u00e8re Guerre mondiale, quand l&rsquo;Italie entra en guerre aux c\u00f4t\u00e9s de l&rsquo;Entente, les pi\u00e8ces d&rsquo;artillerie furent d\u00e9mont\u00e9es pour \u00eatre employ\u00e9es sur le front contre l&rsquo;Empire austro-hongrois.<\/p>\n<p>Sous le r\u00e9gime fasciste la batterie du Chaberton fut r\u00e9arm\u00e9e, et repr\u00e9senta de nouveau une menace pour Brian\u00e7on et la France. En 1940, le fort fut int\u00e9gr\u00e9 au IV Corpo d&rsquo;Armata (g\u00e9n\u00e9ral Mercalli) et constitua la 515a batteria du XXXIV Gruppo du 8\u00b0 Raggruppamento Artiglieria de la Guardia alla Frontiera. Sa garnison comptait environ 340 hommes, sous le commandement du capitaine Spartaco Bevilacqua. Contre d&rsquo;\u00e9ventuelles attaques a\u00e9riennes des mitrailleuses de DCA avaient \u00e9t\u00e9 pr\u00e9vues.<\/p>\n<p>La journ\u00e9e du 21 juin 1940<br \/>\nPour y faire face, l&rsquo;arm\u00e9e fran\u00e7aise fit venir quatre mortier de 280 mod\u00e8le 1914 Schneider, r\u00e9partis en deux batteries camoufl\u00e9es de deux pi\u00e8ces, une \u00e0 l&rsquo;Eyrette et une autre au lieu-dit Po\u00ebt-Morand, deux emplacements situ\u00e9s hors de la vue du fort italien. Ces deux sections constituaient la 6e Batterie du 154e R\u00e9giment d&rsquo;Artillerie de position (154e RAP), int\u00e9gr\u00e9 au XIVe Corps d&rsquo;Arm\u00e9e (g\u00e9n\u00e9ral Beynet). Les principales difficult\u00e9s auxquelles se heurt\u00e8rent les artilleurs fran\u00e7ais venaient de ce que l&rsquo;objectif, distant de 10 km, \u00e9tait situ\u00e9 \u00e0 une altitude de 1 000 m sup\u00e9rieure \u00e0 celle de leurs batteries, que les projectiles d\u00e9criraient une parabole culminant \u00e0 une altitude de 5 000 m et atteindraient leur cible plus d&rsquo;une minute apr\u00e8s le d\u00e9part du coup. Il n&rsquo;existait pas alors de tables de tir indirect pour de pareilles conditions de combat, extr\u00eames et in\u00e9dites : le g\u00e9n\u00e9ral Georges Marchand, qui commandait l&rsquo;artillerie du XIVe Corps d&rsquo;Arm\u00e9e, fit appel \u00e0 une \u00e9quipe d&rsquo;ing\u00e9nieurs pour calculer en toute h\u00e2te les tables de tir des diff\u00e9rentes pi\u00e8ces de l&rsquo;artillerie de montagne, qu&rsquo;il fit imprimer \u00e0 l&rsquo;imprimerie des aci\u00e9ries Ugine non loin de l\u00e0, pour les faire diffuser aupr\u00e8s des artilleurs de Brian\u00e7on.<\/p>\n<p>Le 20 juin 1940, le fort du Chaberton re\u00e7ut l&rsquo;ordre d&rsquo;ouvrir le feu contre les ouvrages fran\u00e7ais du Janus, de Gondran, de l&rsquo;Infernet, des Trois-T\u00eates et de plusieurs batteries de campagne, mais ne causa que des dommages mineurs, par manque de pr\u00e9cision. Les conditions m\u00e9t\u00e9orologiques ne permettaient pas aux Fran\u00e7ais de r\u00e9gler leur tir pour r\u00e9pliquer, car le sommet du Chaberton restait voil\u00e9 par les nuages. Le 21 juin 1940 \u00e0 10 heures le ciel s&rsquo;\u00e9claircit et le lieutenant Miguet, un ancien de Polytechnique qui commandait les deux batteries de 280 depuis un poste d&rsquo;observation situ\u00e9 sur les pentes de l&rsquo;Infernet, donna l&rsquo;ordre d&rsquo;ouvrir le feu. Il eut le temps de faire tirer trois coups qui s&rsquo;approch\u00e8rent des tourelles du Chaberton, quand les nuages revinrent et lui masqu\u00e8rent de nouveau sa cible.<\/p>\n<p>Le ciel se d\u00e9gagea vers 15 heures 30 et le duel d&rsquo;artillerie reprit. Miguet multipliait les coups qui encadraient les tourelles du Chaberton, observant les impacts, en liaison avec les observateurs de l&rsquo;ouvrage du Janus qui lui signalent les coups longs dont les impacts lui \u00e9taient invisibles. Un des deux 280 de Po\u00ebt-Morand, command\u00e9s par le sous-lieutenant Fouletier, mit un coup au but sur la tourelle 1 \u00e0 17 heures 15. Dans la demi-heure qui suivit furent touch\u00e9es les tourelles 3, 4 et 5. \u00ab Manifestement, le Chaberton n&rsquo;a pas rep\u00e9r\u00e9 cet adversaire qui l&rsquo;inqui\u00e8te, car il tire sur le Fort des T\u00eates \u00bb \u00e9crira dans son rapport le lieutenant Miguet. \u00c0 17 heures 30 la tourelle 3 fut touch\u00e9e, et se d\u00e9clencha un incendie qui fut bien pr\u00e8s de gagner le d\u00e9p\u00f4t de munitions situ\u00e9 en contrebas. \u00c0 18 heures 05 la tourelle 2 re\u00e7ut un coup au but, puis la 6. Le feu cessa \u00e0 20 heures. Au total ce jour-l\u00e0 6 tourelles sur les 8 furent touch\u00e9es, et les Italiens eurent \u00e0 d\u00e9plorer 9 tu\u00e9s et une cinquantaine de bless\u00e9s.<\/p>\n<p>Le Chaberton n&rsquo;\u00e9tait pas totalement hors de combat, les tourelles 7 et 8 continu\u00e8rent de tirer les trois jours suivants, sans \u00eatre atteintes par l&rsquo;artillerie fran\u00e7aise, jusqu&rsquo;au cessez-le-feu et \u00e0 l&rsquo;armistice du 24 juin 1940.<\/p>\n<p>L&rsquo;annexion par la France<br \/>\nLe bombardement du Chaberton se poursuivit les jours suivants, et prit fin le 24 juin 1940 avec l&rsquo;armistice franco-italien. Le fort, inutilisable, fut abandonn\u00e9 le 8 septembre 1943, m\u00eame s&rsquo;il fut bri\u00e8vement r\u00e9occup\u00e9 un an plus tard, \u00e0 l&rsquo;automne 1944, par des parachutistes de la R\u00e9publique sociale italienne surveillant l&rsquo;avance alli\u00e9e par la vall\u00e9e de la Durance.<\/p>\n<p>Pendant la p\u00e9riode de n\u00e9gociation du trait\u00e9 de Paris sign\u00e9 en 1947, le ministre fran\u00e7ais des Affaires \u00e9trang\u00e8res, Georges Bidault, se laissait aller en priv\u00e9 \u00e0 se plaindre du \u00ab chabertonisme \u00bb du g\u00e9n\u00e9ral de Gaulle, pr\u00e9sident du gouvernement provisoire : il entendait par l\u00e0 la propension du g\u00e9n\u00e9ral \u00e0 se passionner pour des d\u00e9tails insignifiants, au risque de compromettre le rapprochement franco-italien auquel poussait Bidault. Ainsi en r\u00e9ponse \u00e0 une note du 15 janvier 1946 o\u00f9 Bidault souligne qu&rsquo;il ne serait pas de bonne politique d&rsquo;exiger de l&rsquo;Italie des clauses exorbitantes, le g\u00e9n\u00e9ral lui r\u00e9pond-il deux jours plus tard en insistant sur l&rsquo;importance qu&rsquo;il accorde \u00e0 l&rsquo;annexion du Fort Chaberton.<\/p>\n<p>C&rsquo;est ainsi qu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;issue de la guerre, le vallon des Baisses, le sommet du Chaberton et la batterie furent annex\u00e9s par la France, d\u00e9pla\u00e7ant, de fait, la fronti\u00e8re \u00e0 l&rsquo;entr\u00e9e du village italien de Claviere.<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/speler.at\/wp-content\/uploads\/2016\/03\/Video.mov\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">chaberton video <\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Projet d&rsquo;exp\u00e9dition de l&rsquo;\u00e9t\u00e9 prochain. 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